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mercredi 9 novembre 2011

Quelle place pour la technologie, l'interactivité, et tout le reste, dans le spectacle contemporain? Quelques réflexions

Dernièrement, j'ai assisté à une série de spectacles convoquant des moyens technologiques importants, qui m'ont profondément interpellée au niveau de ma conception du théâtre. Certains de ces spectacles comprenaient aussi une part plus ou moins grande d'interactivité. J'ai retiré de ces expériences beaucoup de frustrations, que je vais tenter de synthétiser en quelques points.

1. A partir du moment où il y a des acteurs sur scène, la priorité fondamentale devrait rester, par respect pour leur art, pour leur métier, pour leurs compétences, et pour le public, que leur travail tienne debout tout seul. Non pas que d'autres moyens (lumière, projection vidéo, contribution du public, déplacements du public, son) n'aient quelque chose à dire de différent, de complémentaire. Non pas que ces autres moyens soient des accessoires. Au contraire : si ces autres moyens ont quelque chose à dire, il faut absolument que le travail des acteurs soutienne la comparaison. Les différents éléments concourant à la construction de la représentation doivent atteindre un équilibre de qualité, d'intensité, de perfection dans le développement des moyens et du langage qui leur sont propres, afin qu'il puisse y avoir un réel dialogue entre ces différents langages et moyens ; afin qu'un tel dialogue apparaisse soudain comme nécessaire. Or, de façon symptomatique, il m'est apparu récemment que le travail des acteurs se fait bien souvent faible, se cachant derrière une débauche de moyens empruntés à d'autres langages, déléguant ce que l'acteur, avec sa voix et son corps, est capable de dire, et de dire autrement. En tant que spectateur, j'ai alors l'impression d'assister à une démission de l'humain devant la technologie, à un fétichisme adulant des moyens qui ne sont après tout que des outils construits par l'homme pour atteindre des effets voulus par l'homme, outils, donc, maîtrisés autant que l'est (ou que devrait l'être) le travail de l'acteur (ou du danseur, du performeur, de l'acrobate...). L'usage de dispositifs novateurs ne ne doit ni assumer une fonction supérieure ni une fonction subordonnée à ce travail de l'acteur : il s'agit de langages autres, qui ont chacun un propos et une excellence à développer.

2. Mettre en rapport ces langages, contrairement à ce que la débauche de spectacles mixtes actuelle pourrait laisser penser, n'est pas une chose facile. On en a pour preuve toute une série de spectacles qui ne tiennent pas leurs promesses à ce niveau. La difficulté en la matière ramène fondamentalement toujours à un problème d'ECRITURE. Problème largement sous-estimé aujourd'hui si l'on en croit ce qu'on voit dans les salles. Au fond, travailler avec différents langages artistiques, ce serait un peu comme écrire un spectacle en différentes langues, un peu de mandarin, un peu de français, un peu de norvégien, un peu de congolais... sauf que ce serait encore plus compliqué, parce que, outre les variations fines en termes de concepts, de cultures et de visions de la vie qu'on rencontre dans l'opération de traduction linguistique, on se trouve dans le cas du dialogue entre les langages artistiques en présence de différents univers qui n'utilisent pas les mêmes "mots", puisqu'ils ne travaillent pas avec le même médium. L'opération se révèle donc extrêmement délicate, spécialement dans l'analyse nécessaire des valeurs et des intensités à donner aux différents langages que l'on entend coordonner. Le dialogue avec les artistes travaillant avec chacun des médiums convoqués sur un spectacle doit donc, plus que jamais, être profond, bienveillant, disposer de temps, d'ouverture d'esprit, de respect mutuel des expressions. Cet équilibre précaire n'est pas impossible à atteindre ; mais il doit être écrit, pensé rigoureusement.

3. En particulier pour les spectacles interactifs ou reposant sur une expérience du public, il faut vraiment que l'artiste s'interroge sur le degré de respect qu'il témoigne à ce public. Lorsqu'on me fait participer à un spectacle sans que je voie à aucun moment aucun artiste intervenir, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur le fait qu'on me prenne au sérieux ou pas - et si l'écriture du spectacle (c'est-à-dire : l'insertion de la composante interactive dans une véritable construction sensée, qui ne doit pas spécialement être compliquée, mais pour le moins avoir le mérite d'exister), si l'écriture du spectacle, disais-je, n'est pas au rendez-vous, si, donc, l'artiste me prend pour une imbécile... je ne peux que prendre l'artiste pour un imbécile également. C'est la différence d'écriture qui fait que "Diorama" de Martin Chaput et Martial Chazallon est un spectacle qui me respecte, alors que "Le Sacre du Printemps" de Bernat est un spectacle qui me prend pour une imbécile.
Car assister/participer à un spectacle interactif ne doit pas se confondre avec : venir/participer à une activité de club de vacances. Lors de la rencontre avec le public à l'issue de la représentation du "Sacre du Printemps" au Pacifique, un spectateur demande à Bernat pourquoi il travaille avec des publics. Sa seule réponse est une boutade : ce travail est finalement moins stressant que de travailler avec des professionnels, parce qu'on ne sait jamais ce qui va arriver. Le public rit. Bernat se tait. Pas d'autre réponse, vraiment? Alors, pourquoi rencontrer le public? Pour lui dire qu'il est une composante reposante de la vie professionnelle de l'artiste? Pour le remercier d'avoir dépensé de l'argent pour venir agiter les bras en faisant l'arbre? De qui se moque-t-on à la fin?
En comparaison, "Diorama" joue avec les attentes du spectateur. Il lui propose un parcours. Il y a des embranchements dans ce parcours. La rencontre avec les spectateurs permet aussi un réel échange de ce qui s'est passé. Il y a un propos, fort, qu'on peut aimer ou pas, mais on ne se moque pas de moi.

Bref. La question fondamentale n'est pas "comment", mais "quoi". Le "comment" vient après. Et la réponse apportée au "comment" sera certainement meilleure si on sait "quoi".

mardi 26 juillet 2011

Pina

En voyant l'art de Pina Bausch tel que le représente Wim Wenders dans son film, on pense un certain nombre de choses importantes. Spécialement quand, comme moi, on veut faire du théâtre en s'interrogeant sur la frontière à vivre avec d'autres arts qui ne font pas appel aux mots mais bien au corps et aux images.

Chose importante #1 : La danse est un phénomène puissant, qui scotche comme un coup de poing au coeur, se passant d'explications, et de mots. Cela donne envie, dans une série de situations créatives, d'oser se passer de mots. Et, par ricochet, dans le domaine du langage, de réhabiliter la parole poétique à la première place : parole tissée d'images. Pour gagner cette force. S'éloigner du langage galvaudé.

Chose importante #2 : On ne peut pas tricher avec la danse ; en revanche nombreux sont les acteurs qui trichent. Le théâtre vrai passe certainement, avant tout, par un corps vrai (et une voix vraie). Si c'est un fait reconnu, force est de constater que les conséquences n'en sont pas toujours tirées.

Chose importante (et rassurante) #3 : Oui, on peut être lyrique en parlant d'amour et de souffrance, sans être pathétique pour autant. Mais il faut travailler, travailler, travailler à s'éloigner des poncifs. C'est-à-dire : se rendre libre.

Chose importante #4 : Ne pas se priver du plaisir de travailler avec les Elements.

Ainsi, les créations merveilleuses de Pina Bausch laissent, grâce au film de Wenders, un exemple de travail, de cohérence artistique, et de niveau d'expression corporelle bluffants. Ca fait du bien de respirer la vie comme ça ; ça donne juste envie de bosser pour en faire autant. Il y a du boulot. Tant mieux.

Quant au film en soi, Wim Wenders convainc encore une fois dans l'exercice difficile de filmer un autre art. On pourra certes trouver la forme déroutante, austère. On voit surtout de la danse. De la danse. Et encore de la danse. Les notations sur le travail de la chorégraphe allemande sont rarissimies, limitées aux souvenirs de quelques phrases reçues au cours du travail par les danseurs. Si l'on n'est pas touché par l'univers de Pina (cela doit pouvoir arriver), la présentation ne convainc sans doute pas. Pourtant, la beauté du film-hommage tient sans doute pour une bonne part à sa forme sans concession, exigeante, qui donne à voir de façon généreuse un objet qui se suffit à lui-même. Pour une fois au cinéma, pas de didactisme pédant, mais des émotions à l'état brut, transmises par des plans superbes et des mouvements de caméra sobres. Le fait que tout cela tienne debout sans explications donne la mesure de la force du travail de Pina Bausch, et de celui de Wim Wenders. A voir, évidemment.



lundi 2 mai 2011

"Gai savoir" : un nouveau scénar



Robin a 18 ans. Toujours dans la lune, il rentre en Faculté de Philosophie, au grand désespoir de ses parents. Un soir, il se perd dans les couloirs de l’Université : le voilà contraint de passer la nuit enfermé dans ce labyrinthe. Après avoir survécu à cette épreuve, Robin sera-t-il encore le même ? C’est que l’envers du décor peut avoir son charme... Et ce ne sont pas les voix mystérieuses que Robin entend qui diront le contraire...

C'est le synopsis du scénario que j'ai envoyé au concours organisé annuellement par la Cinémathèque de Grenoble.


Le premier prix : un budget pour tourner en péloche. Alors, on ne sait jamais... on croise les doigts!

(Scénario déposé.)

jeudi 31 mars 2011

Le temps d'un court

Venez nombreux à l'Amphidice à 20h30 pour une soirée courts métrages organisée par Court après tes rêves "nouvelle cuvée"! Je viens de rejoindre la nouvelle équipe de cette association désormais dirigée par Clara Chauchard. Court après tes rêves produit chaque année plusieurs beaux courts-métrages avec des jeunes pleins de talents!

L'occasion de la soirée : la Première du dernier film de Carlos Chapman : Fin de série, sur un scénario de Ingrid Rajaomanana.

Ce grand moment sera précédé d'une rétrospective de courts métrages de l'assocation, de ses membres et de ses partenaires. Mon petit court en hommage à Fellini, Six degrés avant le soleil / Sei gradi prima del sole, sera également projeté!

Après les films, de courts moments de discussion entre les réalisateurs et/ou les équipes de tournage et la salle vous permettront de poser toutes vos questions.

vendredi 31 décembre 2010

"Entre les murs" et "La journée de la jupe" : un portrait de vies et un voyage intérieur pour dire le même malaise

Hier et aujourd'hui, je me suis fait un petit doublé gagnant. En retard comme trop souvent, j'ai vu les deux films parlant de l'école en France et qui ont chacun à leur manière défrayé la chronique : "Entre les murs", Palme d'or à Cannes (2008) presque unanimement saluée par la critique, rejetée par certains enseignants qui ne se reconnaissaient pas dans ce portrait d'un collège de ZEP aux accents malgré tout positifs ; "La journée de la jupe" (2009), nettement plus aux frontières du montrable et du politiquement correct, mal distribué sans doute justement pour ce point de vue provocateur et libérateur à la fois.

Je pensais que je me rangerais forcément d'un côté ou de l'autre : qu'un film ou l'autre l'emporterait pour moi dans la transmission d'une certaine vérité. En réalité, les deux films semblent constituer les deux faces d'un même miroir. Comme si toute la belle énergie déployée par les profs mis en scène dans "Entre les murs" creusait sournoisement en eux une fatigue qui ne demanderait pas grand-chose pour basculer. Ce moment de passage est d'ailleurs mis en scène dans "Entre les murs", quand le prof de français pète un plomb et lance ce qui peut être retenu comme une insulte à deux élèves de sa classe. De là à les prendre en otage comme dans "La journée de la jupe", il y a loin, très loin vraiment. Mais quand "Entre les murs" décrit, très honnêtement et simplement, la vie d'un collège, "La journée de la jupe" montre de façon épique l'enlisement psychologique où peut tomber le prof qui la vit. Le film de Cantet montre un récit vu de l'extérieur : la vie d'une institution, ses rouages et la place de l'individu au sein de ceux-ci (son poids, ou son insignifiance) ; celui de Lilienfeld est une histoire intime et interne, le drame psychologique vécu par l'enseignant parfois (ce n'est pas un hasard si le film est un huis-clos).

Dans les deux cas, ce qu'on retiendra, c'est d'une certaine façon la bande son. Le silence, les cris, les discussions usantes, les mots qui fusent, les insultes, le langage trituré, malmené, violenté. Ca fait mal, c'est parfois douloureux à écouter tant les échanges sont heurtés, manquent de cohérence, de logique, de douceur, de bonne volonté, d'humour, d'intelligence. La langue constitue véritablement un personnage à part entière de chacun de ces films, avec un affrontement continu et usant entre les personnages dans le film de Cantet, et au contraire un affrontement tranché entre une parole dominante et une parole menacée, dans le film de Lilienfeld. Là encore, il y a continuité entre un point de vue collectif sur l'institution et un point de vue psychologique individuel : décrire un brouhaha et la capacité de l'individu à y faire face en réprimant ses instincts violents face à sa mission d'enseignement, ne contredit pas un portrait de la face interne du même individu qui rêve d'un silence où laisser s'épanouir une parole, pourtant bienveillante, si malmenée. C'est en tout cas ainsi que j'ai reçu la "Journée de la jupe" : un scénario expressionniste pour une réalité trop tue et qui, par là, tue, ronge, fait honte.

De toute évidence, il y a malaise dans l'école française, mais ceci n'a rien de nouveau. Par contre, que deux films l'expriment, aussi bien, et de ces deux manières, est peut-être le début de quelque chose. D'un langage (cinématographique pour l'instant) qui reprendrait le dessus. D'une parole qui commencerait à se former sans honte. D'une revalorisation de ce métier, de sa dureté, de sa pénibilité. De son importance.

Et pour la peine je dédie ce post à Grégory, qui enseigne et en est si fier.

mercredi 24 novembre 2010

A' Ce...

Mythique! Un extrait de Intervista de Federico Fellini, véritable testament cinématographique en hommage à Cinecittà (1987). Et toujours cet humour populaire, décrit avec une telle tendresse.

mercredi 17 novembre 2010

La programmation expliquée au Petit Bull!

Roma : quel film - et quelle bande son!


Vu pour la troisième fois Roma ce soir, mais pour la première fois seulement sur grand écran... Et ça décoiffe! La bande son prend toute son ampleur et restitue le merveilleux brouhaha populaire peint par le Maestro dans la Rome des trattoria et des cabarets de l'immédiat avant-guerre. Avec quelle tendresse Fellini rend le dialecte romain, ses proverbes, sa force verbale, ses blagues d'hommes et ses invectives de femme! Et puis les gueules et les caractère populaires, et tous ces défilés, des putes aux cardinaux, saisissants, étonnants et tellement pleins d'humour! Tout est vrai, plus vrai que nature, et quel régal pour les yeux! 

Et puis la Rome moderne, bruyante aussi mais autrement, vrombissant de machines, de métro et de vespas, pleine d'étrangeté, d'un désordre effroyable, assourdissant, où l'on perçoit déjà la critique fellinienne (qui ira s'approfondissant) de la société moderne et de la perte du peuple. Mais il me semble que le regard de Federico rende tout autant sa fascination de cette étrange modernité, que sa critique. Le désordre romain, de l'Antiquité à l'avant-guerre et jusqu'aux années Soixante-dix, époque du film, reste présent et rend insaisissable toute vision d'ensemble de cette Ville énorme et tellement pleine de sens (au pluriel). Y avait-il meilleure façon de rendre hommage à cette métropole aux mille visages?

Courez voir et écouter Roma, encore sur grand écran dans le cadre des 5es Rencontres du Cinéma italien de Grenoble au Cinéma Le Club :

- lundi 22 à 18h30

- mercredi 24 à 13h30

Toute la programmation sur www.dolcecinema.com

vendredi 12 novembre 2010

mardi 9 novembre 2010

samedi 6 novembre 2010

Fellini's nightmare!


Pour l'ouverture des 5es Rencontres du Cinéma italien de Grenoble, consacrées à l'univers de Federico Fellini, Dolce Cinema propose une nouvelle création de ciné-concert.

A partir des images et de l'univers de Toby Dammit, le film le plus rock'n'roll et moderne de Fellini, Baptiste Bouquin (saxophoniste du Surnatural Orchestra et compositeur de musiques de films) entouré de talentueux musiciens, imagine un spectacle musical halluciné, exploitant l'atmosphère cauchemardesque de ce road-trip suicidaire pour créer une partition abstraite et énergique, déjouant nos a priori sur l'univers fellinien... 

Entrée 12/10/8 euros - Résas conseillées : dolcecinema(at)gmail(point)com

lundi 25 octobre 2010

A trop rêver d'aimer


Le chef op, juché sur une baignoire, éclaire l'univers du réal qui dans l'ombre de ses pensées fume une clope...

Sur le premier jour de tournage en intérieur du court-métrage "A trop rêver d'aimer" de Mathieu Slosar (Winmad), j'ai remplacé la scripte empêchée pour la journée. Expérience intéressante et enrichissante...

... Du cinéma, du cinéma, du cinéma!

lundi 18 octobre 2010

Et après

[Photo Christian Rudelin]                             

Je me réveille d'une aventure qui n'a duré qu'une nuit - et pourtant plus d'un mois. Depuis le tournage mes sens reviennent au monde tel qu'il est. Et me voici dans la rue à relever le col de mon manteau pour faire face à l'hiver, qui n'a attendu que la fin de notre travail en extérieur pour se pointer définitivement. Me voilà dans les rayons de la FNAC à découvrir les offres de Noël, si scandaleusement précoces, mais qui tout de même indiquent le sens d'un calendrier que j'avais oublié. Et je passe Place Notre Dame à midi et j'entends encore les cris d'Esmeralda ; je vois jaillir l'eau de ses bras encolérés sur une foule hilare. Je longe le manège bâché de la Rue Poulat ce soir et derrière moi, pourtant, j'en suis sûre, des lumières chaudes illuminent les sourires des enfants grands et petits qui s'en donnent à coeur joie, tournant jusqu'au vertige.


Le monde tel qu'il est revient à moi, avec sa pesanteur, la pesanteur de mon corps qui tombe dans les escaliers vendredi d'ailleurs, et les petits désirs insignifiants assignés à nos êtres par la publicité quand nous ne vivons pas vraiment. Qui voudrait acheter un écran plat, une figurine Barbapapa, ou un flacon d'eau de toilette Calvin Klein, au moment où il peut vivre ce que nous avons vécu? Le besoin matériel inutile est banni de ces moments de création ; les objets et instruments techniques y trouvent leur place nécessaire, leur fonction, sans accumulation stupide ni désir vide.

Je n'ai aucun mal à m'avouer que je ne veux rien d'autre que continuer à faire ça.

jeudi 14 octobre 2010

Merci

[Photo Christian Rudelin]                         

Aujourd'hui, j'ai tenté d'exprimer ma gratitude à l'équipage du navire...

"Bonjour Toulmonde,

... Deux jours de sommeil complet n'ont pas suffi à me sortir de l'étourdissement où m'a menée toute l'énergie partagée dans cette aventure. Moi aussi, je vous aime! Alors je veux vous écrire quelques bribes de reconnaissance, en attendant de vous revoir pour vous les dire et vous serrer dans mes bras, très vite, j'espère.

Merci à tous de m'avoir permis de vivre ce rêve éveillé. 
Mieux : merci d'avoir voulu le vivre vous aussi, d'y être entrés, de l'avoir habité, construit, d'avoir veillé sur sa naissance avec une rare amitié.
Merci  d'avoir accepté les conditions de travail et de budget que nous avions à vous offrir.

Merci aux complices de la première heure, Abdellah, Christian, Guillaume et Jessica (en ordre alphabétique ;) ), pour un engagement incroyablement plein et généreux. Merci de m'avoir prévenue de l'arrivée de la Voix. Merci d'avoir guidé de façon avisée et bienveillante cette entreprise. Merci pour vos bras qui retiennent et soutiennent quand la fatigue guette. Merci pour les rires et les repas partagés. Merci pour le temps passé. Merci d'être encore là aujourd'hui.

Merci à vous les acteurs, pour la folie, le rire, les couleurs que vous avez apportées aux jours et aux nuits. Merci pour votre patience dans le froid et entre les prises. Merci d'avoir donné corps, voix et rires à ce rêve fellinien.
Merci pour vos propositions : pour être entrés dans un esprit de création collective où chacun a pu prendre sa place et créer l'un avec l'autre.

Merci à vous les techniciens, à qui je tire très bas ma casquette, pour le boulot de précision et de rigueur réalisé toujours dans l'ombre et le silence mais sans quoi rien de ce rêve ne serait devenu image ni son. Merci pour l'exigence que j'ai vue dans le travail de chacun d'entre vous, de la création à la finition, et du début à la fin de la nuit. Merci pour les transports, les chargements et déchargements de matériel, les mises en place encore au petit jour, et malgré tout les sourires dans ces nuits trop longues. Votre travail est inestimable.
Merci aussi de votre bienveillance envers mon peu d'expérience. Vous avez partagé avec moi votre travail, répondu patiemment à mes questions, et ainsi j'ai reçu un incroyable cadeau : découvrir vos métiers, vos savoir-faire, par un partage avec vous.

Merci à la régie d'avoir planifié et réalisé le comblement des estomacs : de la collecte de recettes aux matinées de courses, des heures de préparation de la pitance à son transfert et son stockage, du montage de tentes au service de la soupe, vous avez nourri sans relâche les corps qui travaillaient à cette folie.

Merci à l'équipe de blocage des rues pour son efficacité, son abnégation, son travail indispensable mais ingrat et difficile, tout cela dans une discrétion rare. La nuit inhabitée de notre film est la vôtre.

Merci aux maquilleuses pour le travail créatif, pour les propositions, pour le bodypainting ou peu s'en faut, pour l'improvisation sur barbe ;). Merci d'être restées debout sur le pont dans les nuits de retouches en extérieur.

Merci Adèle, ma costumière préférée et totalement polyvalente, préposée aussi au renfort carreaux de chocolat et au gardiennage de clefs.

Merci à tous ceux qui ont d'une façon ou d'une autre contribué à constituer notre matériel de travail, costumes, maquillage, caméras, matériel son, lumière, voitures, bouilloires, tapis magiques, boule de cirque et j'en passe.

Merci à Christian d'avoir immortalisé avec talent ces quelques jours et nuits magiques, dans une discrétion qui me laisse sans voix. Merci à Gilles et Marie de nous avoir, eux aussi, gentiment mitraillés.

Merci enfin pour toutes les choses que je ne sais pas (encore) et qui ont permis dans l'ombre la réalisation de ce projet.

Cette aventure ne prouve qu'une seule chose : seuls nous ne pouvons rien, mais ensemble nous pouvons aller très loin.

... Je termine ici ce mail lyrique et larmoyant, voire kitsch, que vous aurez la gentillesse d'excuser sous le coup de l'émotion :)

A très bientôt pour faire la fête!!!

Geneviève"

jeudi 30 septembre 2010

J-3 avant le tournage

Dans trois jours on tourne ; depuis trois jours je ne dors quasiment plus. Ce n'est pas du stress, c'est l'état d'une droguée. Un état euphorique, légèrement inquiétant : la descente ne doit pas être évidente. Mais je n'ai pas beaucoup le temps d'y penser en ce moment : je fais ce qu'il y a à faire. 

Tant de gens réunis pour réaliser quelques petites minutes de rêve, c'est ... difficile à croire et ... pourtant, c'est là, bien réel. Une énergie qui circule, généreusement... Une conjonction de talents de natures différentes... Des rencontres... 

Et jamais résoudre des problèmes et faire des concessions pour arriver à matérialiser une idée ne m'a paru aussi passionnant.

Le coeur gonflé d'énergie donnée et reçue, je me surprends à rêver que cette aventure ne soit que la première d'une longue série.

mardi 14 septembre 2010

Juste faire un peu de cinéma

On me l'avait dit pourtant, que le cinéma c'est le rêve, mais moi, ça ne m'avait pas toujours fait rêver. Mon imagination était plus à l'étroit devant un écran que face à la scène d'un théâtre, avec ses bouts de ficelle et le jeu qui sourd des poitrines et des corps. Le public et l'acteur, ça me faisait vibrer ; entre eux un espace vide mais palpable d'ondes indéfinissables ; un échange qui est l'essence même du sens comme partage, construction commune ; sur scène un jeu où se joue le monde, le symbole.

Dame, je voulais parler de cinéma et je cause de théâtre. On ne se renie pas comme ça...

Mais oui, en en faisant, enfin je comprends que le cinéma c'est le rêve. Au lieu du rêve du dedans, c'est le rêve du dehors, avec toute la réalité à malaxer avec nos outils et notre fourberie. Il faut être malin au cinéma, et surtout, ne pas fixer de limites à son cadre, pour pouvoir bien cadrer ensuite. Tout est illusion, mais une illusion basée sur une réalité reproduite avec tant de fidélité, que le vertige en est saisissant. A devenir l'artificier d'un tel brûlis de réel, on sentirait presque l'odeur du soufre.

Je sens des ailes me pousser à imaginer ma réalité prendre corps et ce simulacre, à la fois semblable et différent de celui de la représentation théâtrale, m'apparaît comme un gigantesque éclat de rire, une farce monumentale, un amusement de gosse.

Si vraiment c'est un métier, alors, c'est celui-là qu'il me faut.

dimanche 8 août 2010

Un dessin animé pour sourire à nos vies!

Tant de choses à faire dans nos vies et si peu de temps pour y arriver! Et pourtant, il y a de l'espoir... Le destin d'une mouche croqué par Michael Reichert dans ce petit format animé de 2008.

jeudi 8 juillet 2010

Le film d'animation tchèque s'invite à Grenoble


Le 33e Festival du court-métrage en plein air de la Cinémathèque de Grenoble a ouvert ses portes hier pour cinq journées bien remplies! Entre la compétition, les débats avec les réalisateurs, la nuit blanche du fantastique (vendredi) et plusieurs séances spéciales, il y a de quoi se régaler - gratuitement qui plus est.

Le Festival consacrait aujourd'hui une séance au cinéma d'animation tchèque, proposant une sélection de créations récentes (2003-2009) issues de la vitrine de l'animation tchèque : Anifest, un festival qui soufflera l'an prochain ses 10 bougies.

Les Tchèques sont mondialement réputés dans le domaine de l'animation, qui a connu ses heures de gloire dans les années 50 avec la nationalisation du cinéma dans la Tchécoslovaquie libérée. S'éloignant des gags américains, l'animation tchèque s'est notamment spécialisée dans l'utilisation et le perfectionnement de poupées et marionnettes. L'après-1989 a été moins fastueux, avec des difficultés dûes à l'assèchement des crédtis d'Etat, péniblement relayés peu à peu par les financements télévisuels. La situation s'est améliorée depuis 2000, avec l'affirmation d'une nouvelle génération de maîtres de l'animation. (Pour un article approfondi sur l'histoire de l'animation tchèque, voir ici.)

Aujourd'hui, c'est donc le renouveau de l'animation slave qui nous a été présenté à la Cinémathèque, avec des scénarios et des techniques très variées.
Mes coups de coeur :

"Hrouda / The Clod" ("Motte de terre") de Jaromir Plachy (2007) : précis, simple, drôle, touchant.





Et "Chybicka se vloudi!" ("La boulette!") d'Aneta Kyrova (2008),
où l'on voit un bébé ours et un bébé humain échangés à la naissance... et des parents plutôt dépassés par la situation!
Imaginatif et drôle également.


mardi 8 juin 2010

Metropia

Ce long métrage d'animation pour adultes du Suédois Tarik Saleh (2009) montre, dans un futur proche à l'atmosphère dark, un monde gris suffocant très réussi, où les fantasmes existant autour des nanotechnologies sont devenus réalité. Metropia conte l'histoire de l'entrée d'un homme en rébellion, et fait de ce point de vue penser de façon très (trop?) nette au 1984 de George Orwell. La différence tient notamment au thème des relations humaines, traité avec moins de noirceur idéologique que dans 1984 ; les ambitions personnelles, les désirs, les amours et les instincts solidaires des personnages sont explorés comme si rien n'avait changé en 2024 ; l'ambigüité de la nature humaine est conservée. Ce trait a pourtant le défaut d'affaiblir le final du scénario : l'intrigue politique concentre les conclusions cyniques, alors que parallèlement peuvent subsister entre les êtres des gestes de tendresse, d'amitié, d'entraide, de bienveillance. Du coup, on sort de la séance avec des sentiments partagés, comme un peu toujours dans la vraie vie, comme si les "méchants" restaient hors de nos foyers, là-haut, très loin, dans les sphères du pouvoir. Bref, on regrette un peu l'absence de conclusion forte du scénario, qui ne prouve pas grand chose bien qu'il aligne les bonnes idées pas toujours suffisamment exploitées. Ainsi, la géniale vision d'un métro reliant toutes les villes d'Europe n'assume pas réellement de fonction narrative, si ce n'est celle d'un décor démontrant l'inutilité des avancées technologiques pour rapprocher les êtres, et la mainmise de forces occultes sur ces inventions ; on aurait pu en tirer beaucoup plus. De même, le jeu télévisé "Asylum" qui permet chaque soir à un réfugié de gagner une place en Europe alors que le siège éjectable des trois autres les ramène violemment hors des frontières européennes, ne sert elle aussi que d'illustration du monde de la fiction, mais ne participe pas du scénario principal. En somme, une version de 1984 dont on pourrait sortir en "gardant espoir". Reste le dessin, surprenant, de ces personnages aux têtes disproportionnées par rapport aux corps, et de ce monde urbain apocalyptique, sans saisons : on passe un excellent moment en se régalant les yeux, l'animation donnant une dimension nouvelle au style d'histoire racontée.

Voir la bande-annonce officielle sur youtube.