lundi 4 avril 2005

Le bar sous la mer à EVE, Grenoble

Deux soirées mémorables gravées dans les esprits des acteurs, mais aussi, je l'ai souvent entendu, des spectateurs! L'impression de toucher du doigt un petit bout de vérité, à travers un spectacle plein d'intentions généreuses et que l'énergie collective a porté à son optimum.

A l'entracte, nous avons servi le public sur la scène, au coeur du bar sous la mer! Au menu, vins italiens et petits arancini. Il s'agit d'une spécialité sicilienne : des boules de riz bien cuit fourrées (en l'occurence, à la mozzarella) et dorées dans la chapelure. Tout cela grâce à la collaboration du Club Oenologie de l'Institut d'Etudes politiques, qui a sélectionné les produits et assuré le service lors des représentations.


dimanche 3 avril 2005

Transformer EVE en Bar sous la mer

Le bâtiment de EVE se prêtait particulièrement bien à une mise en espace du Bar sous la mer : avec ses grandes baies vitrées, il nous offrait déjà un aquarium... il ne nous restait plus qu'à y verser des poissons!

Chacun s'y est mis et le découpage collectif, d'abord mécanique, a finalement vu les fantaisies de chacun prendre forme, à travers des silhouettes de méduses, d'algues, ou de bulles!

Nous étions très fiers du résultat. Qu'en pensez-vous? Jugez sur pièce de nos poissons voguant au coeur des Alpes!





samedi 2 avril 2005

Le bar sous la mer à l'Espace 600, Echirolles

Une version courte du spectacle a été présentée lors de la soirée anniversaire des 15 ans de l'Atelier Théâtre.

Un petit tour dans les loges, entre maquillage et lutte contre les extinctions de voix...

lundi 28 mars 2005

Des avant-premières du Bar sous la mer, Institut culturel italien de Grenoble

Avant les représentations, nous avons soumis certaines "histoires" de Benni composant le spectacle à un public italophile. Nous avons ainsi ouvert 4 ou 5 cours d'italien par un bref moment théâtral! 

C'était l'occasion de saisir une première fois des réactions, d'ajuster les costumes et les effets, et de goûter un peu à la scène, histoire de désirer plus encore un public entrevu. 

La bibliothèque de l'Institut se prêtait merveilleusement bien à l'histoire de Priscilla Mapple (ci-dessous) : un huis clos dans une salle de classe, mettant en scène une terrible détective adolescente plus intelligente que les enquêteurs...

jeudi 6 janvier 2005

Les vidéos des tsunamis

Ma première réaction à la vue de toutes ces images d'amateur :
mais comment peut-on continuer à filmer en un moment pareil?
Après quelques temps, mes hypothèses :
1. La perception particulière que l'on a d'une scène lorsqu'on la filme la rend irréelle, lointaine, comme télévisée. Les écrans ne provoquent pas chez nous de mouvement physique global : ils accentuent notres regard mais ce regard reste celui d'un corps immobile.
2. La curiosité humaine, celle qui nous fait dire "Regarde!" à un ami lorsque nous voyons une chose, une scène particulière (belle, laide, triste...), a sans doute gardé rivés à la scène un nombre incroyable de gens, qui n'avaient jamais vu un tel phénomène, et ignoraient sans doute pour beaucoup jusqu'au mot "tsunami" (tout comme moi d'ailleurs).
3. L'incrédulité, enfin, peut avoir poussé le caméramana à s'attarder sur la scène. "Suis-je devant une scène réelle?" se sera-t-il demandé. "Ce n'est pas possible, pas vrai." aura-t-il peut-être pensé.
Les dernières années auront vraiment été des années d'images. Après celles du 11 septembre, après la guerre d'images entre prison d'Abou Grahib et exécution d'otages, voilà les images des tsunamis qui nous marquent, nous interrogent, nous fascinent, et toujours - comme les icônes orthodoxes - nous renvoient à nous-mêmes.

samedi 27 novembre 2004

Mondovino

Il est frappant de constater l’incapacité du bon réalisateur à masquer ses sentiments dans l’exercice de ses fonctions. Ce qui rend attachant le film de Jonathan Nossiter, c’est justement qu’il filme avec son âme, et bonne âme ne saurait mentir : Michel Rolland est insupportable. Peut-être est-ce un homme charmant (on en doute un peu tout de même) mais Nossiter serait bien incapable de nous le montrer : seul le rire gras, bassement vendeur, du nouveau roi du vin parvient à traverser la pellicule. Puis, dans des plans rapprochés improbables, flous souvent, toujours honnêtes et scrutateurs, le regard des Mondavi père et fils fait peur tant il boit, jusqu’à plus soif, l’ambition. Quant à ce qu’on retiendra de l’attachée de presse de ces très-riches : une chevelure blonde découpée sur le ciel bleu californien – et quelques éclairs de génie en plein jour : son patron est un philosophe, dit-elle, car il a une philosophie du vin. A cette assertion lourde suit un silence assez long, assez bête... Nossiter a de l’humour. Un humour vachard.

Heureusement sa caméra montre, pareillement, ce qu’il aime, et filme avec amour, tendresse même, ces hommes et femmes traités de culs-terreux par (nettement) plus cons qu’eux. Là encore, ces paysans seraient tous de beaux salauds, qu’il serait incapable de nous le prouver. (Mais là encore aussi, on a un doute.) Le père et sa fille, le père et son fils, le mari et sa femme, la veuve, le veuf ; la bretelle détachée d’un vieil homme et le geste qui la rattache ; les dictons, anecdotes et scènes cocasses en arrière-fond des entretiens oenologiques – Nossiter ne se résout pas à les supprimer au montage. Heureusement.

En réalité, il ne parvient à montrer que ce qu’il ressent : des maisons de Bourgogne ou de Bordeaux, il nous offre un reflet chaleureux, tendre, un peu sépia déjà peut-être ; des bureaux, labos et autres Californian paradises, il nous renvoie la froideur, les couleurs criardes et la bêtise : tout ce qu’on le sent détester. « Nous essayons vraiment d’aider nos gens... C’est pour ça que nous leur offrons une casquette, ou un tee-shirt. Enfin, ça dépend ce qu’on fait cette année-là. » Air contrit, que nous laisse un instant savourer le plan. On acquiesce : elle est vraiment très bête.

vendredi 5 novembre 2004

Jeux d'enfants

Yasser Arafat est cliniquement mort. Je viens de l’apprendre il y a quelques minutes. Déjà l’annonce de la dégradation de son état de santé m’avait affectée ; maintenant, c’est une sorte de tristesse qui m’envahit, un vide lourd, un peu douloureux.

Ce n’est pas que je connaisse tant sa personne et son action ; ce n’est pas que j’aie approuvé tout ce qu’il a fait ; ce n’est pas forcément politique. C’est plutôt que, selon mon souvenir, il a été le premier homme politique identifiable de mon enfance (on peut certainement imputer ce fait au couvre-chef du vieux raïs, exotique et séduisant aux yeux d’un gosse).

Le premier homme politique qui peupla mon imaginaire politique d’enfant.
Avec aussi Khadafi, sous le nom duquel je faisais la guérilla dans la cuisine de ma tante (mais lui, c’était surtout son nom que j’aimais : je ne voyais pas du tout qui c’était) (évidemment).
Et plus tard, Mitterand, Rocard, Krazuki : autant dire la grenouille, le corbeau et le crabe de Stéphane Collaro – mais je les connaissais mieux que la classe politique belge.

Je ne l’ai pas renié. Peu à peu le drôle de chapeau, le colonel, le crabe, le corbeau et la grenouille ont pris leur place sur l’échiquier politique. J’ai désigné les bons et les mauvais, mes amis, mes ennemis. Mais Arafat, je ne l’ai pas renié. Je me demande si ma sympathie enfantine n’y a pas été pour quelque chose.

Premier homme politique de ma vie, donc ; et surtout, homme éternel. Il était toujours là, il était, comment dire, indéracinable ; invisible à force d’être présent. On se disait bien parfois : il vieillit ; comment feront-ils après lui ? Mais cela ne semblait pas devoir arriver.

Ainsi double est ma peine. C’est l’inquiétude pour la situation au Proche-Orient, l’inquiétude de la crise et de la déstabilisation, moments de danger. C’est aussi la fin des jeux de rôle où les torchons de maman étaient rois ; un morceau d’enfance qui s’en va pour toujours.